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La Compagnie du premier homme

Ça commence toujours comme ça…

Des hommes, des femmes ; des personnalités fortes et complémentaires, une immersion commune et intense sur une superficie plane qu’on appelle plateau. Voilà, la rencontre est faite. Au dehors, sur la route, des textes qui nous appellent et qu’on ramasse parce qu’on se dit « qu’il y a quelque chose là-dedans », que cela servira certainement un jour. Et puis vient l’envie, l’étincelle qu’il manquait pour mettre la création en branle, et le tour est joué. C’est irrémédiable, c’est une nécessité. Il faut bien vivre.

Pourquoi « le premier homme » ?

Un coup de cœur, ni plus ni moins. Un hommage au roman posthume et éponyme de Camus ; un hommage qui sonne comme un programme.

De même que tout homme « se construit » seul, vit comme s’il était « le premier homme », l’acte de création doit toujours être une nouvelle naissance. Créer comme si rien n’avait été créé jusqu’à présent, pour repartir toujours des fondements, enfantés à chaque fois par la contingence de nouvelles urgences, de nouvelles couleurs, de nouveaux imaginaires.

« Il regardait les autres plaques du carré et reconnaissait aux dates que ce sol était jonché d’enfants qui avaient été les pères d’hommes grisonnants qui croyaient vivre en ce moment. Car lui-même croyait vivre, il s’était édifié seul, il connaissait sa force, son énergie, il faisait face et se tenait en mains. Mais, dans le vertige étrange où il était en ce moment, cette statue que tout homme finit par ériger et durcir au feu des années pour s’y couler et y attendre l’effritement dernier se fendillait rapidement, s’écroulait déjà. Il n’était plus que ce cœur angoissé, avide de vivre, révolté contre l’ordre mortel du monde qui l’avait accompagné durant quarante années et qui battait toujours avec la même force contre le mur qui le séparait du secret de toute vie, voulant aller plus loin, au-delà et savoir, savoir avant de mourir, savoir enfin pour être, une seule fois, une seule seconde, mais à jamais. »

Albert Camus, Le premier homme